Au cœur du delta, Chau Doc

Au cœur du delta, Chau Doc

Ville frontière avec le Cambodge, Chau Doc est située à l’extrême nord du Delta, où se côtoient influences hindoues, khmères et où vivent aussi des Cham de religion musulmane.

C’est une immense plaine étendue le long du Bassac (un des 9 bras du delta) dont l’horizon rectiligne est seulement perturbé par le mont Sam, lieu de pèlerinage important pour de nombreux Vietnamiens.

La recherche de notre premier petit déjeuner nous emmène vers le petit centre où règne une activité quotidienne tranquille, à ceci près que la plupart des axes principaux sont défoncés par des travaux sur la chaussée et qu’il n’y pas de petit café à l’horizon. Après avoir atterri dans la rue dont la spécialité est le poisson séché et fermenté, on abandonne le centre-ville pour se diriger vers le marché. Entre les stands de vêtements, de poissons et de fleurs, on cherche un truc à manger qui ne soit pas un Phô, la soupe traditionnelle que tout Vietnamien avale pour commencer sa journée mais qui décidément chez nous ne passe pas dès potron-minet (alors qu’on aime beaucoup quelques heures plus tard…)

Langue commune

Ah oui, je n’ai pas précisé mais ici absolument aucun indice linguistique pour nous aider à comprendre ce que vendent les stands, au mieux une photo délavée orne la minuscule vitrine où trônes saucisses, brochettes en tout genre et herbes fraîches.

La langue vietnamienne (bien qu’en alphabet latin), on a beau essayer de s’y mettre, c’est hyper difficile. Une même lettre est modulée par des accents différents voulant à chaque fois dire autre chose. On a mémorisé les mots Cá (poisson), Bò (bœuf), Gà (poulet), Mì (nouilles) et Com (riz). Et Chó qui veut dire chien mais celui-là c’est préventif, on ne l’a pas encore croisé dans un resto.

On finit par repérer un stand dont le contenu de l’assiette nous tente et la dame est ravie de servir les 2 seuls touristes qu’elle a dû voir depuis longtemps. On se régale pour 1,10€ par personne, imbattable.

Plaine, rizières et sourires

L’après-midi, exploration des environs à vélos. On longe un canal dont l’autre rive est la zone frontière avec le Cambodge. Les étroits chemins qu’on emprunte traversent des hameaux où chacun étend la petite surface de son habitation sur la rue. On voit littéralement les habitants vaquer à leurs occupations comme si on était dans leur salon mais ça ne semble pas les déranger, presque tous s’interrompent pour nous saluer d’un grand sourire accompagné d’un « hello » joyeux auquel nous pouvons répondre « Xin Chào », un des seuls mots que nous maîtrisons avec « Cam on » (merci).

Nous n’avons pas encore décidé du temps qu’on allait passer ici mais il est clair qu’on ne va pas repartir tout de suite.

Contre-courant

Ce mardi matin débute aux aurores avec un tour en bateau qu’on a arrangé hier avec une dame qui ne parlait pas anglais. On ne savait donc pas trop si elle avait compris ce qu’on voulait, si on allait revenir au point de départ, ni même où était le point de départ à vrai dire (le risque étant de se retrouver au Cambodge, seule activité touristique qui semble encore fonctionner ici, avec des navettes hyper rapides qui t’emmènent à la frontière en quelques heures).

Mais à l’heure dite un type arrive avec son vélo équipé d’une sorte de banquette où on pouvait s’asseoir face à face et il nous emmène à bon port, 300 m plus loin. Il parle les quelques mots d’anglais nécessaires pour nous confirmer qu’on part pour un tour de deux heures et nous confier à la dame qui va être la capitaine de notre bateau à moteur le long du Bassac et d’un de ses canaux.

Maisons construites en équilibre sur des pilotis défiants la gravité, cahutes de tôle flottantes, chiens qui aboient et tant de sourire et de saluts qui nous sont adressés avec chaleur sur ce fleuve vivant, où chacun pêche, répare, cuisine, fait des trucs que tu ne comprends pas du tout. La vie de ces personnes semble dure, pourtant leurs sourires sont sincères, comme ceux des gens croisés hier, envers nous qui sommes tellement privilégiés dans nos life-jacket oranges à essayer de saisir quelques bribes de leur quotidien. (Edit : on en a appris un peu plus sur la vie dans le delta grâce à Ei)

Villages Cham

Sur l’autre rive un peu plus loin, un ponton bringuebalant nous mène à un petit village posé sur terre battue. C’est un village où vit une communauté Cham musulmane dont on vient troubler la paisible ambiance mais là encore les sourires sont bienveillants, les gestes nous invitent à longer les maisons sur pilotis pour arriver jusqu’à la belle mosquée Ehsan.

Il existe dans ce village un petit magasin où les femmes tissent et vendent des écharpes, malheureusement en ce moment l’activité ne semble pas très prospère et nous serons sans doute les seuls clients du jour.

Sanctuaries

Mercredi, changement de moyen de locomotion, c’est à scooter que nous partons de bon matin pour la forêt de Trà Su (en réalité il doit être presque 9h, ce qui est déjà très tard ici, et il fait déjà bien 30°). Le trajet d’une petite heure est chouette, on arrive à cet endroit présenté comme un sanctuaire pour oiseaux, ce qu’il est, mais avant ça il faut passer par de nombreux aménagements qui font un peu parc d’attractions. En fait, c’est un lieu très populaire pour les Vietnamiens et comme à chaque endroit un peu sympa, des spots sont aménagés pour qu’ils puissent se prendre en photo dans un joli décor complètement fake.

On est en milieu de semaine, le client ne se bouscule pas au portillon automatique et nous serons presque seuls durant notre petit tour en barque au milieu de centaines d’oiseaux dont nous ne connaissons pas la plupart mais la balade est vraiment bucolique et sympa.

Sur le chemin du retour nous nous arrêtons au mont Sam pour en découvrir les nombreux lieux de culte, profiter de la vue au sommet et découvrir qu’ils sont en train de littéralement creuser la montagne pour sculpter une immense statue de Bouddha, ambiance mont Rushmore version bouddhiste.

 

Un dernier repas épique dans un resto où la carte est un mystère absolu et où Google Trad nous propose de la bouillie de chauve-souris au lotus et des nouilles sautées aux ongles d’escargot (le resto était, d’après ce qu’on a compris, plutôt spécialisé dans les fruits de mer…). Sur ce coup-là on n’a pas été très aventureux et on a opté pour un riz frit au porc, délicieux au demeurant, comme à peu près tout ce qu’on a mangé jusqu’à présent.

En quatre jours à Chau Doc nous avons eu le temps de prendre le temps, de regarder le fleuve couler, communiquer principalement avec les yeux, les mains et les sourires et ça restera sans doute une étape mémorable, non pas pour les choses incroyables à y visiter mais pour les choses insaisissables qu’on n’arrive pas toujours à expliquer.

C’est donc sans se presser qu’on choisit la prochaine étape de voyage, toujours sur le Mekong, Ben Tre et ses cocotiers mais avant ça, Yann a pris la plume pour un article que vous découvrir par ici.

02/12/2022 Publié par Julie dans :
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